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Au-delà de l’accès : défis pour la permanence des femmes dans la politique locale | Les Elegides
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Au-delà de l’accès : défis pour la permanence des femmes dans la politique locale

Les Elegides 2025

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Décembre 2025 — Voilà déjà plus d’un mois que s’est clôturée la IIᵉ Rencontre internationale des femmes élues. Les 6 et 7 novembre 2025, Palma a accueilli cet espace de convergence qui, cette année, s’est donné pour objectif d’aller un pas plus loin que le débat sur l’accès des femmes au pouvoir local. Au cœur de la rencontre se trouvait une autre question, moins explorée mais tout aussi urgente : que se passe-t-il lorsque les femmes y parviennent ? Et surtout : comment faire en sorte que leur leadership se maintienne dans le temps, sans rester éphémère ou anecdotique ?

Pendant deux jours, le salon d’actes de la Chambre de commerce et les salles attenantes (hall compris) sont devenus un point de rencontre pour des mairesses, conseillères municipales, députées provinciales et chercheuses venues du Nord et du Sud global. Cette diversité géopolitique soutenait un diagnostic partagé : les résistances sont globales, mais les stratégies des femmes pour les affronter le sont tout autant.

Les Elegides avait pour objectif de renforcer le leadership politique des femmes ; de rendre visibles les résistances qui les maintiennent encore dans un équilibre fragile ; de mettre en lumière leur rôle dans l’innovation publique ; et de consolider un réseau capable de les soutenir au-delà de l’événement.


JOUR 1 — 6 novembre

L’après-midi a débuté après une journée hors programme officiel, durant laquelle les élues venues du monde entier ont commencé à tisser des liens et à mieux connaître la ville et les lieux qui les accueillaient. Une visite du Palais Royal et une dynamique de bienvenue, organisée avec plusieurs intervenantes des journées, ont marqué le début de la rencontre à proprement parler.

La séance s’est ouverte par des allocutions institutionnelles et un sentiment largement partagé : cette rencontre était plus nécessaire que jamais. La salle comble laissait présager des échanges intenses et sincères. La vice-présidente du Consell de Mallorca et conseillère à la Culture et au Patrimoine, Antònia Roca Bellifante, a ouvert la séance ; elle a été suivie par Miriam Ciscar Blat, sous-directrice de la Coopération féministe, du Développement humain, économique et de la Gouvernance à l’AECID ; avant que le président du Fons Mallorquí de Cooperació, Llorenç Perelló Rosselló, ne conclue cette première séquence et n’introduise la conférence inaugurale.


Le pouvoir des femmes au pouvoir

Avec une parole incisive, Núria Varela, experte en politiques publiques d’égalité, a mis des mots sur ce que nombre de participantes avaient vécu personnellement. En s’appuyant sur des autrices telles que Mary Beard, Gerda Lerner ou Hannah Arendt, la conférence a montré que la discrimination à l’égard des femmes n’est pas un vestige du passé, mais un mécanisme qui se reconfigure en permanence.

À travers les supports projetés — où apparaissaient des notions comme les patriarcats du consentement, les « falaises de verre » ou la nouvelle misogynie — Varela a démontré que l’égalité formelle n’équivaut ni à l’autorité ni à la légitimité. Selon l’analyse présentée, l’injustice symbolique continue d’opérer de manière persistante : le leadership des femmes est remis en question, délégitimé ou biaisé à travers des doubles standards, des silences ou des formes de contrôle excessif.

La conférence a également abordé les coûts invisibles du leadership féminin, que Varela classe en trois catégories — directs, indirects et intangibles — allant du surinvestissement en formation au « travail émotionnel » lié à la nécessité constante de prouver sa valeur et de faire face au gender backlash.

Après avoir exposé les défis et le chemin encore à parcourir, Varela a conclu par une idée finale, lumineuse et insistante, qui a résonné comme un rappel collectif : le patriarcat n’est pas invincible, comme l’affirmait explicitement la citation de Cynthia Enloe projetée à l’écran.


À l’issue de cette conférence, la première table ronde des journées s’est ouverte, réunissant Antònia Roca Bellifante, Mary Hanna Hourigan (Irlande), Modesta Yauri (Pérou) et Déde Akpedje Messan (Togo).

La discussion a été vive, honnête et riche en convergences. Les quatre intervenantes ont mis en lumière la solitude politique qui accompagne encore de nombreuses femmes élues, la nécessité de penser des outils et des stratégies pour assurer leur maintien en fonction, ainsi que l’importance de renforcer des organisations de femmes élues capables d’exercer une influence réelle.

Cette table ronde a donné le ton de la rencontre : parler de ce qui a été vécu jusqu’à présent et des défis communs, toujours avec une volonté de transformation. L’objectif était clair : au-delà de l’entrée en politique, nous voulons la pérennité.


JOUR 2 — 7 novembre

La deuxième journée s’est ouverte dans une atmosphère plus technique et tournée vers l’action. Malgré un programme ambitieux, les participantes ont repris le travail avec la conviction que les outils partagés devaient se traduire en stratégies concrètes pour leurs municipalités. Avant toute chose, l’actrice Núria Sbert a proposé une performance en lien avec le thème central de la rencontre, sur un texte et une dramaturgie d’Aina de Cos.


Femmes en politique locale : entre leadership et résistance

Lors de la première conférence à deux voix, la mairesse Leonor Bosch Pérez a animé la session et présenté les intervenantes : Sílvia Soriano, chercheuse en droit constitutionnel à l’Université d’Estrémadure, et la Dre Laura Albaine, chercheuse et experte en politique de genre au CONICET – Université de Buenos Aires. Le débat a ainsi été introduit sous un angle théorique et comparatif entre les territoires du Nord et du Sud.

Les intervenantes ont montré que, malgré les avancées législatives, la démocratie demeure traversée par des structures profondément masculinisées. Elles ont alerté sur la régression globale des droits et de la représentation des femmes et ont insisté sur la nécessité de garantir non seulement des quotas, mais aussi des conditions effectives pour exercer le pouvoir. Une phrase a résumé l’intervention : « La parité est importante ; la pérennité est indispensable. »


La parité en 2030 : utopie ou réalité ?

La table ronde suivante a approfondi la question de la parité avec un horizon clair : 2030. Les interventions de Modesta Yauri, Mary Hanna Hourigan, Nadia Chadi et Ndiaya Mbow ont apporté des perspectives complémentaires. Depuis le Pérou, Yauri a souligné l’impact du travail communautaire et la nécessité de protéger les mairesses contre la violence politique. Hourigan a expliqué comment l’Irlande a progressé, tout en continuant à lutter contre les inégalités symboliques et médiatiques.

Chadi et Mbow ont, de leur côté, rendu visibles les tensions vécues par les femmes dans des contextes où la gouvernance locale reste marquée par des hiérarchies patriarcales explicites. Beatriz Gamundí a modéré un débat mêlant optimisme, prudence et réalisme. La question du titre est restée ouverte, mais un consensus s’est dégagé : sans changements structurels, la parité restera une utopie.


Transformer la gestion locale avec une approche de genre : leadership et innovation des femmes élues

Après la pause, l’une des sessions les plus pratiques de la rencontre a eu lieu, un espace où les expériences partagées ont été présentées non seulement comme des bonnes pratiques, mais comme des outils directement reproductibles. L’intervention de Niamh Kennedy (Irlande) sur les caucus de femmes a mis en lumière l’importance d’institutionnaliser les alliances entre conseillères afin de modifier les rapports de force au sein des institutions et de renforcer la légitimité des décisions publiques.

Dans la même dynamique, Sara Armella Rueda (Bolivie) a montré comment les budgets sensibles au genre ont un impact réel sur les services, les infrastructures et l’accès des femmes aux droits fondamentaux. Depuis l’Équateur, Litzeth Hinojosa a défendu la nécessité d’institutionnaliser et de planifier les agendas d’égalité pour garantir leur continuité et éviter les reculs.

Rhimou Bakkali et Lluïsa Melgares, en abordant les conseils de femmes dans le cadre de la coopération décentralisée entre le Maroc et la Catalogne, ont mis en évidence la manière dont la coopération internationale peut contribuer à construire des structures solides offrant stabilité et sécurité aux politiques locales. Enfin, Zulma Inés Mamani (Bolivie) a présenté une expérience de gestion communautaire du plastique menée par des femmes, une pratique d’économie circulaire reliant écologie, autonomie et gouvernance locale.

Modéré par Carme Gomila, troisième adjointe au maire de Manacor, le débat s’est imposé comme un véritable espace de solutions, dépassant le simple diagnostic.


Femmes élues : transformation et paix dans les territoires

La dernière table thématique, consacrée au rôle des femmes élues dans la transformation et la construction de la paix, a été particulièrement émouvante. Elle a réuni des voix issues de contextes marqués par le conflit et s’est rapidement transformée en une leçon de résistance civile.

Hannan Kaoud (Palestine) a insisté sur l’importance de créer des espaces sûrs et de protéger les personnes les plus vulnérables face à la violence quotidienne, en réfléchissant, à partir de son expérience, à la notion même d’« espace ». Carole Chebli Bou Chakra (Liban) a décrit le développement local comme un moyen de défendre la dignité collective et de renforcer la confiance citoyenne en période d’instabilité.

Depuis l’Irlande du Nord, Alison Bennington a partagé les clés de la coopération municipale transfrontalière comme stratégie efficace de construction de la paix, tandis que Léonie Kaswera (République démocratique du Congo) a apporté un regard sur la gestion des territoires en guerre sous l’angle du genre, rappelant que les femmes soutiennent souvent la gouvernance dans des conditions extrêmement difficiles. Enfin, Randa Halawa (Palestine) a présenté l’éducation comme une véritable tranchée de résistance et comme un espace à partir duquel construire l’avenir.

Modérée par Maria Antònia Serralta, mairesse de Bunyola, la table ronde a conclu sur une idée forte, souvent oubliée : le pouvoir local constitue fréquemment le premier rempart contre l’autoritarisme et la violence, et les femmes qui le soutiennent en sont trop souvent les protagonistes invisibles mais indispensables.


Les Elegides : construire le réseau

Avant les conclusions, les participantes ont partagé défis, alliances et perspectives de collaboration future. Le sentiment collectif était clair : le réseau n’est pas un complément, mais un espace indispensable pour garantir la pérennité. La séance plénière s’est articulée autour de deux temps forts.

Dans un premier temps, les participantes ont identifié les obstacles majeurs et les besoins urgents qui entravent l’exercice du mandat politique. Dans un second temps, les propositions ont pris le devant de la scène, faisant émerger avec force l’idée que le travail collectif et le renforcement des espaces en réseau constituent la stratégie la plus puissante.


Conclusion

Les conclusions ont mis en lumière cinq idées clés, transversales à l’ensemble des sessions. Tout d’abord, il a été souligné que la pérennité dans les espaces de décision constitue aujourd’hui un défi démocratique majeur : l’accès, bien qu’indispensable, n’est plus suffisant si les femmes ne peuvent maintenir leur leadership dans la durée. Dans cette même logique, la rencontre a insisté sur la nécessité de reconnaître les coûts invisibles assumés par les femmes en responsabilité publique — de l’usure émotionnelle à la violence politique, en passant par la surcharge des tâches de soin — et d’intégrer cette réalité dans la conception des politiques publiques.

La rencontre a également montré qu’une grande partie de l’innovation dans les services publics porte un visage féminin, notamment dans les domaines liés au care, à la durabilité et à la gouvernance communautaire, où les expériences partagées démontrent une capacité à transformer les structures et à produire des réponses plus proches et plus efficaces. Par ailleurs, il a été réaffirmé que la violence politique à l’encontre des femmes demeure une menace globale qui fragilise les projets démocratiques et exige des réponses institutionnelles immédiates et courageuses.

Enfin, l’importance de la coopération décentralisée et des réseaux internationaux est apparue comme essentielle pour protéger et étendre les droits, en particulier dans des contextes de vulnérabilité ou de régression démocratique. La rencontre s’est conclue par un message de continuité : seules des dynamiques de travail partagées, durables et en réseau permettent de garantir des espaces de pouvoir plus égalitaires et résilients.


La IIᵉ Rencontre internationale des femmes élues s’est clôturée avec les interventions de Llorenç Perelló Rosselló, président du Fons Mallorquí de Cooperació ; Antònia Maria Estarellas, deuxième vice-présidente du Consell de Mallorca et du Fons Mallorquí ; Xelo Angulo Luna, membre de CONFOCOS ; et Llorenç Galmés Verger, président du Consell de Mallorca. Toutes les interventions ont partagé un même fil conducteur : la reconnaissance de la valeur de cet espace comme point de rencontre entre continents et comme moteur d’une coopération féministe capable de renforcer le leadership politique des femmes.

Les quatre voix ont souligné l’importance de poursuivre le travail en réseau afin de consolider une égalité réelle aux niveaux local et global. Elles ont mis en avant le pouvoir transformateur des femmes élues, le rôle de la coopération décentralisée dans la défense des droits humains et la nécessité d’accompagner les femmes qui, partout dans le monde, soutiennent la gouvernance dans des contextes souvent adverses. Avec cet élan, Les Elegides 2025 a clôturé une édition qui réaffirme Majorque comme un espace transformateur et égalitaire.


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